FÉMINAIRES

Note conceptuelle - 2020

J'ai rencontré Les Guérillères un jour de confnement. J'avais acquis le livre plusieurs semaines auparavant, convaincue par son apparition dans les notes d'une multitude de mes lectures. C'est un récit en "Elles" qui raconte une utopie. C'est un récit qui se compose de « prélèvements » de textes variés, de Homère, de Beauvoir, de Mao Tsé-toung, de Lacan, de Nietsche entre autres. Ce sont "comme des références socio-historico-culturelles du livre et comme [des] indices des distances que le livre tente d'opérer par rapport à elles". Le récit est entrecoupé de pages sur lesquelles on peut voir des prénoms de femmes, les uns à la suite des autres, sans virgule et tout en majuscule former des paragraphes. Le récit est entrecoupé de pages où un cercle noir évidé est placé au centre. Le livre a été écrit en 1969 par une femme qui a contribué à l'émergence du mouvement de libération des femmes, Monique Wittig.

Ce livre est le fl conducteur du mémoire que je conçois. J'y perçois quelque chose de « nouveau et héroïque ». Je m'y dévoile aussi. La présence du cercle – je dirais le pois – révèle ce qui relie ma pratique au féminisme. Tout au long du récit, entre les lignes, il est question de la création des femmes. On parle de leur chant, de leurs écrits, de leurs danses. Je pense au dessin. Le dessin a fni par recouvrir ma pratique. J'ai dessiné dès mon plus jeune âge mais pas comme on s'y attend. Je dessinais enfant sous ma couette des portraits de femme. Ils étaient inspirés de mes lectures d'enfant, des bandes-dessinées japonaises des enfants des années 90. J'ai toujours dessiné des femmes dans les coins de page. J'ai toujours dessiné des femmes lorsqu'un bout de papier passait sous mon crayon. Je disais que je voulais être dessinatrice. Pendant les années passées à l'école d'art, le dessin est resté caché. Mon dessin ne se montrait pas. Cela a pris du temps pour que je le regarde autrement. Le dessin a fini par recouvrir ma pratique.

Je vais tirer les fils qui relient ma pratique du dessin et l'engagement politique féministe. Il me faudra défnir la pratique du dessin – celle à partir de laquelle je parle. Il me faudra défnir l'engagement féministe – celui dans lequel je me reconnais. Ce que j'entends par politique, ce n'est pas simplement le militantisme dans la rue. C'est ce qui contribue à une pensée du changement de la société. C'est ce qui dérange, soulève des questions sur nos modes de vie. Dans ma pratique, c'est en lien avec le féminisme, le combat pour étendre les droits des femmes.

Ma réfexion tentera de répondre à la question : de quelle façon une pratique de dessin peut être féministe ? Il ne s'agit pas simplement de représenter des femmes. Il ne s'agit pas d'illustrer des pamphlets militants. Il est question de choix, de prises de décision. Je partirai d'hypothèses liées à ma pratique du dessin. Je chercherai dans l'histoire du dessin ce qui peut le relier à une pratique féministe.

Je m'en vais composer des féminaires. On ne trouve plus de défnition de ce terme. Il a quelque chose d'irrévérencieux, de marginal. Il se souffle pour remplacer le terme séminaire dans des assemblées féministes. Il est utilisé dans des ouvrages poétiques dans les récits des anciens. Il est utilisé plusieurs fois par Les Guerrillères.

 

"On voit qu'elles ont entre les mains des petits livres dont elles disent que ce sont des féminaires. Il s'agit de nombreux exemplaires du même modèle ou bien il en existe de plusieurs sortes. [...] Quand il est feuilleté, le féminaire présente de nombreuses pages blanches sur lesquelles elles écrivent de temps à autre. Pour l'essentiel, il comprend des pages avec des mots imprimés en caractères majuscules dont le nombre est variable. Quelques fois il y en a un seulement ou bien la page peut en être remplie. Le plus souvent ils sont isolés au milieu de la page, bien espacés noirs sur fond blanc ou bien blancs sur fond noir." pp.17-18

 

On comprend au fil des pages qu'ils traitent de leurs parties intimes. C'est l'outil du partage de connaissance concernant les femmes. De petits livres avec dessins, textes, pages blanches. Je les imagine et je pense aux carnets dans lesquels je dessine depuis des années. Je vois une généalogie entre ces féminaires et mes carnets de dessin qui leur donnent une épaisseur conceptuelle. Mon mémoire sera composé de féminaires.

merci aux femmes, amies, connaissances, artistes qui ont prêté leur écriture à la réalisation de ces féminaires

FÉMINAIRE 1

FÉMINAIRE 2

FÉMINAIRE 3